La motivation est au cœur de toute démarche de performance. Elle agit comme un moteur invisible qui oriente les comportements, maintient l’effort et donne du sens à l’action. Pourtant, elle est souvent vécue comme un phénomène instable : un coup de boost initial suivi d’une baisse progressive d’énergie.
Dans le sport de haut niveau comme dans le travail ou l’entrepreneuriat, cette dynamique pose problème. Comment tenir le rythme sur plusieurs années ? Comment transformer l’élan d’un départ en une constance qui traverse les obstacles, les phases de doute et les moments de fatigue ?
La psychologie scientifique apporte des réponses précises à ces questions. Elle identifie les bases de la motivation durable, les conditions de son maintien et les stratégies concrètes pour la cultiver.
La motivation ne se réduit pas à une simple envie ou à une force de volonté. Elle est un construit psychologique complexe, qui implique plusieurs dimensions.
Deci et Ryan (1985) ont proposé la distinction entre motivation intrinsèque (agir par plaisir, curiosité ou intérêt personnel) et motivation extrinsèque (agir sous l’effet de récompenses, contraintes ou pressions sociales).
La motivation durable repose sur la capacité à articuler ces deux dimensions. Par exemple :
Un manager peut prendre plaisir à résoudre des problèmes complexes, mais aussi viser une promotion ou une reconnaissance sociale.
La théorie de l’autodétermination (Deci & Ryan, 2000) montre que la motivation durable s’appuie sur trois besoins universels :
Lorsque ces besoins sont satisfaits, la motivation est plus stable et résiliente face aux obstacles. À l’inverse, un environnement qui nie ces besoins conduit à une érosion progressive de l’élan motivationnel.
Michael Phelps, le nageur le plus titré de l’histoire olympique, illustre la motivation durable. Derrière ses 23 médailles d’or se cache une discipline quotidienne et une capacité à maintenir un engagement constant sur plus de 15 ans.
Phelps n’a pas toujours nagé par plaisir : certaines séances étaient vécues comme pénibles, répétitives et mentalement épuisantes. Mais il reliait chaque entraînement à un objectif plus grand : dépasser ses propres limites et inspirer son sport. Cette articulation entre plaisir, mission et discipline explique sa longévité exceptionnelle.
Lorsque Satya Nadella a pris la direction de Microsoft en 2014, l’entreprise était perçue comme en déclin. Sa capacité à motiver durablement ses équipes a reposé sur une vision claire (« réinventer la productivité »), mais aussi sur un climat organisationnel plus humain.
En valorisant l’apprentissage continu et l’empathie, Nadella a su maintenir l’élan collectif dans une transformation complexe. Cet exemple illustre que la motivation durable ne repose pas uniquement sur des objectifs chiffrés, mais aussi sur une culture organisationnelle qui nourrit le sens, la compétence et l’appartenance.
Plusieurs facteurs fragilisent la motivation à long terme :
Ces obstacles rappellent que la motivation doit être entretenue activement.
La motivation, lorsqu’elle est mal orientée, peut aussi nuire à la performance. On parle de surmotivation lorsqu’un individu s’investit au-delà de ses ressources physiques et mentales, augmentant ainsi les risques de blessure ou de burn-out.
Dans le sport, des athlètes surentraînés finissent par perdre leur efficacité en compétition. Dans le travail, des salariés hypermotivés peuvent ignorer leurs signaux de fatigue et s’effondrer après quelques années.
La clé n’est donc pas d’augmenter la motivation à l’infini, mais de l’orienter et de la réguler.
Intégrer la discipline : maintenir des routines même en l’absence de motivation immédiate.
Angela Duckworth (2016) a popularisé le concept de grit (persévérance et passion). Elle montre que la réussite à long terme repose moins sur des élans ponctuels que sur la combinaison entre motivation et discipline.
La discipline permet de maintenir l’action quand la motivation baisse. Elle sert de filet de sécurité pour traverser les phases de lassitude. Un athlète qui continue de s’entraîner même en l’absence d’envie immédiate renforce sa capacité à durer.
Les recherches récentes explorent de nouvelles pistes :
À l’avenir, la motivation durable pourrait être entraînée de manière aussi systématique que les compétences techniques.
Conclusion
La motivation durable n’est pas une flamme constante, mais une dynamique vivante faite de fluctuations, d’ajustements et de discipline. Elle se nourrit du sens, de la progression et du collectif, et se maintient grâce à des stratégies concrètes.
Plutôt que de chercher un enthousiasme permanent, il s’agit de construire une relation mature avec l’effort : accepter les baisses, s’appuyer sur la discipline et relier ses actions quotidiennes à une vision plus large.
La motivation durable est ainsi moins un état qu’un art de vivre, capable de transformer une impulsion initiale en un parcours de performance sur le long terme.
Références